Lynchage d'un couple homosexuel à Maroua

camer homo garouaAu Cameroun, l’homosexualité reste un crime passible des tribunaux, mais surtout, peut valoir un lynchage par la foule. C’est ce qui s’est produit dimanche à Maroua, dans le nord du pays. Selon un article de L’Actu, qui semble se réjouir de ce lynchage, un couple homosexuel a été surpris en train de faire l’amour dans un magasin du marché de Maroua, dans une région à majorité musulmane. Lorsque l’alerte a été donnée, la foule a lapidé les deux amants et tué l’un d’eux, un commerçant venu du Nigeria voisin.

L’article raconte sur un ton enjoué :

« “On le soupçonnait depuis des années. Mais jamais Allah ne nous avait donné l’occasion. Et comme on dit généralement, 99 jours pour le voleur, un seul jour pour le patron. Aujourd’hui, Allah a exhaussé nos prières et nous l’avons surpris”, a déclaré tout joyeux un commerçant du marché central le 6 janvier 2013.

Il s’agit d’un couple homosexuel surpris en pleins ébats amoureux dans un magasin au marché central de Maroua hier en fin de matinée. »

Détail supplémentaire, selon le journal camerounais : « La dépouille de Goche Lamine (le commerçant nigérian, ndlr) a été abandonnée par les commerçants musulmans. Ce sont des chrétiens qui l’ont finalement enterrée. »

Quand à son partenaire, un lycéen de 17 ans, il a été conduit chez le chef de quartier et on ignore son sort depuis.

Homosexualité pénalisée au Cameroun

Le Cameroun est le seul Etat africain à pénaliser les relations homosexuelles, même si l’homosexualité reste illégale dans une majorité d’Etats.

Nous avions évoqué, en mars 2010, un documentaire intitulé « Cameroun : sortir du Nkuta », c’est-à-dire « sortir du placard », consacré à l’homosexualité dans ce pays, après la publication dans la presse camerounaise, en octobre 2006, de listes de personnalités politiques et artistes supposés homosexuels.

L’un des protagonistes du documentaire est Alice Nkom, avocate camerounaise qui a fait de la défense des droits des lesbiennes, gays bi et trans le combat de toute une vie.

Pour juger de la violence des débats qui entourent cette question au Cameroun, voici un échange télévisé entre Alice Nkom et un « représentant de la jeunesse camerounaise », qui donne la mesure du fossé.

Pour le jeune Camerounais, l’homosexualité est un « crime contre l’humanité », et « on ne va pas changer la loi pour permettre à des gens comme vous de s’envoyer en l’air ». Le débat a tourné court.