La gratuité de la CNI, problème majeur

camer cniLe désir de faciliter les camerounais à se faire inscrire massivement sur le fichier électoral biométrique a poussé le gouvernement camerounais à prendre des mesures qui pourraient s’avérer dangereuses pour les générations futures.

Le taux relativement bas du nombre d’inscrits sur les listes biométriques a montré les tares d’Elecam à pouvoir mener cette opération à bien. Une indiscrétion faisait déjà état de ce que le ministre de l’Administration territoriale avait écrit au Chef de l’Etat pour exprimer son inquiétude quant à l’incapacité de d’atteindre les objectifs escomptés et par ricochet, ce manquement pourrait être un élément déclencheur d’une revendication populaire.

Et au fil des jours, il se révèle qu’une bonne franche de la population, aussi bien en zone rurale, qu’en zone urbaine n’est toujours pas inscrite sur les listes électorales et manifeste pas un engouement certain. Pour l’administration, l’une des explications était qu’elle ne possède aucune pièce officielle permettant de procéder à leur identification. C’est fort de ce constat, que le chef de l’Etat dans son discours de fin d’année, a annoncé la gratuité de la carte nationale d’identité. Rebelote puisque cette gratuité avait déjà été offerte aux camerounais dans le sillage des élections présidentielles d’octobre 2011 sans que cela ne porte les fruits.

Pendant plusieurs années, l’on a pensé que la non possession de la Carte nationale d’identité (Cni) était due à la cherté de celle-ci. Car il fallait débourser officiellement 3 600 Fcfa mais dans les commissariats, les citoyens déboursaient plus souvent le double. Mais avec la refonte biométrique, Elecam quelque peu contesté par les principaux partis de l’opposition et l’ensemble de la société civile s’est donné pour obligation de faire inscrire 7 millions d’électeurs avant le 28 février 2013. Mais à ce jour, le constat sur le terrain à une fois de plus relevé les insuffisances de l’organe chargé des élections au Cameroun de pouvoir y parvenir. Parmi les écueils rencontrés sur le terrain par Elecam, en plus du manque d’engouement des populations, il a été révélé, que dans certains coins reculés du pays, de nombreux citoyens ne s’étaient jamais fait établir le moindre acte de naissance. Rendant quasi-impossible l’établissement d’une Cni.

C’est donc pour pallier à ce déficit, que le ministère de la justice a déployé les magistrats hors des juridictions traditionnelles sur toute l’étendue du territoire. Une décision qui est mise en application depuis le 23 janvier 2013. Seulement, la mise en applicabilité de cette décision permet non seulement d’établir un acte de naissance à ceux qui ne l’avaient pas, mais aussi la nationalité camerounaise à tout citoyen séjournant sur le territoire national. A ce sujet, on compte déjà une centaine de milliers de candidats Nigérians, Tchadiens, Nigériens prêts à se faire établir un premier acte de naissance et obtenir par ricochet la nationalité camerounaise. Une situation gravissime qu’un député Rdpc de la région de l’Est a dénoncé, faisant état de ce que les centrafricains étaient entrain d’acquérir illégalement la nationalité camerounaise.

S’il est vrai que les autorités camerounaises, conscientes de la présence massive des ressortissants des pays voisins sur le sol camerounais, ont pris des mesures conséquentes pour éviter quelque imbroglio, il n’en demeure pas moins vrai que poussé par la hantise de la refonte biométrique, l’Etat du Cameroun ouvre de fait les vannes à ces étrangers qui verront par ailleurs certaines des tracasseries policières qu’ils essuyaient prendre un terme. Non paiement de la carte de séjour et contournement de la procédure herculéenne d’acquisition de la nationale. Dans ce contexte, plusieurs étrangers établis dans les quartiers Yabassi et Mvog-Ada respectivement à Douala et Yaoundé finissent par ses stratagèmes d’acquérir des noms camerounais en pseudonyme ou en se mettant en couple avec des camerounaises pour tromper la vigilance des autorités camerounaises.

Conséquence, la question de la gratuite de la Cni, et celle des actes de naissance pour tous, remet au goût du jour l’épineux problème de la naturalisation au Cameroun. Car au regard de ce qui précède, il est un fait, qu’aujourd’hui, des Tchadiens, Nigérians, Centrafricains et autres peuvent devenir camerounais du jour au lendemain. Cette autre trouvaille du gouvernement camerounais qui fait couler beaucoup d’encre et de salive dans les chaumières, ouvre le débat sur la double nationalité au Cameroun. Car comment comprendre, qu’un étranger puisse devenir facilement camerounais, alors que les Camerounais qui ont la double nationalité n’ont pas la possibilité d’exercer leurs droits civiques